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Théoriser la différence pour construire l'inégalité, "le sauvage et le préhistorique"

Note de lecture

SauvagePrehistorique.pngMarylène Patou-Mathis s'est intéressée à la construction d'un « Autre », différent, dans la société occidentale depuis que celle-ci a découvert le monde dans son étendue géographique (le sauvage) mais aussi dans son étendue temporelle (le prhéhisitorique) à partir du XVème siècle. L'Europe, où il ne subsistait plus de chasseurs-cueilleurs, découvrait un monde qui en était rempli tandis qu'en son sein on interprétait les ossements d'hommes qui ne pouvaient évidemment pas être antérieurs au Déluge. Qui étaient-ils, des Gaulois ? Assez vite pourtant on va savoir estimer les âges des couches géologiques et tout cela apparaît incroyablement étrange et déstabilisant pour des gens qui se prenaient eux-même pour la crème de l'humanité. Et qui vont tenter de le justifier.
Dans son livre « Le sauvage et le préhistorique, miroir de l'homme occidental » (Odile Jacob), extrêmement fouillé, elle fait preuve d'une érudition sur la question qui fait de cet ouvrage très riche et dense une œuvre majeure dans la réflexion sur les idéologies de ségrégation. C'est un livre passionnant et facile à lire.

Pourquoi l'inégalité ?

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Assemblée générale Nuit Debout - Place de la République à ParisNous vivons dans des sociétés inégalitaires, c'est un euphémisme. Derrière le terme se trouvent des situations absolument inhumaines, des différences de fortunes et de situations qui vont du luxe et du gaspillage absolus de quelques-uns jusqu'à ces enfants qui survivent sur des montagnes d'immondices et ceux qui meurent de faim et de soif. « Nous sommes les 99% » était le slogan d'Occupy Wall Street, ce mouvement américain qui était le pendant des occupations de places des Indignados espagnols, du Printemps arabe, des émeutes populaires en Grèce et ensuite de Nuit Debout en France.

Tous ces mouvements se levaient contre les inégalités criantes, aussi bien économiques que démocratiques. Les Indignados en Espagne réclamaient « une vraie démocratie tout de suite » (¡Democracia Real ya!). Toutes ces contestations majoritaiement non-violentes (mais fortement réprimées) avaient pour point commun la prise de parole, la réflexion collective, la discussion sur les situations vécues et les moyens de les transformer. Elles ont toutes été le lieu d'une prise en mains par les participants eux-mêmes de la définition politique, jusque-là réservée aux organisations et appareils qui font métier de représenter la parole qu'ils ne donnent pas au peuple, mais dont ils définissent les contenus et les objectifs. Les Islandais sont allés jusqu'à écrire eux-mêmes une nouvelle constitution. Par leur contenu, par leur forme même, par leurs revendications exprimées, tous ces mouvements se situaient dans une optique d'une stricte égalité entre tous, au point d'avoir inventé des modes de prise de parole et de vote afin de garantir l'égale expression de tous et la prise en compte des différentes opinions et des différentes situations. Les Indignados passaient parfois plus de temps à se mettre d'accord sur les modalités de la discussion, afin de garantir que personne dans l'assemblée ne prendrait le pouvoir sur les autres, que sur l'objet même du débat.

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